Des décisions qui laissent perplexeDes décisions rendues au cours des derniers jours concernant l'administration de la justice ont laissé nombre de Québécois plutôt perplexes. La Cour suprême a d'abord refusé de se prononcer sur l'affaire Lacroix. Elle a aussi attribué une faute au gouvernement fédéral qui continue néanmoins de se traîner les pieds dans le dossier d'Omar Khadr. Au Québec, le ministère de la Justice et la Sûreté du Québec ont conclu une entente de 2,9 millions$ avec un ancien membre des Hells, et ce sans porter d'accusation contre celui-ci alors qu'il avoue pourtant un meurtre. Le rôle de l'avocat Guy Bertrand dans le dossier de Cédrika Provencher soulève également des interrogations.
La décision de la Cour suprême est frustrante pour les victimes du scandale Norbourg qui espéraient, à défaut de récupérer les fonds perdus, que les peines imposées aux fraudeurs puissent s'additionner de sorte que les châtiments soient à la hauteur des crimes commis. Interpellé par l'Autorité des marchés financiers, le plus haut tribunal du pays a refusé de se prononcer, renvoyant l'affaire au monde politique. Et avec raison, puisque c'est aux politiciens de faire les lois. Pas aux juges. Donc, aux élus de corriger les lois, de préciser ce qui doit l'être et le problème soulevé ne se posera plus. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la Cour suprême refuse de se substituer aux politiciens.
Dans l'affaire Omar Khadr, dont le Canada a bafoué les droits, le fédéral s'accroche aux prérogatives que lui reconnaît le tribunal pour se traîner les pieds au lieu de mettre en marche, puisqu'il est considéré en faute, le processus de réparation qui s'impose. C'est triste de voir un gouvernement si peu empressé de défendre ses citoyens en difficulté à l'étranger. Dès lors, rien de surprenant que le sort des Afghans torturés ne le trouble pas.
Verser 2,9 millions$ des fonds publics à un ancien membre des Hells (qui en voulait 10) et lui accorder l'immunité, c'est dur à prendre pour bien des gens. Mais si c'est le prix à payer pour faire la lumière sur de nombreux crimes et coffrer au-delà de 100 personnes soupçonnées d'y avoir participé, pourquoi pas? Les Hells, on le sait, ne sont pas bavards. Sans cette collaboration, ce monde-là courrait encore les rues et aurait peut-être depuis commis d'autres crimes.
La police, de son côté, aurait déjà dépensé autant et peut-être même davantage pour éclaircir cette vague de crimes. Et pas sûr qu'elle en aurait appris autant, qu'elle aurait été aussi bien et rapidement aiguillée. La décision prise a beau agacer, elle se comprend assez bien. Reste au bénéficiaire à bien surveiller ses arrières, lui qui pourrait se faire descendre ou être accusé de ce qu'il n'a pas avoué (le cas échéant) et à la Couronne de mieux mener cet autre volumineux dossier que celui de l'affaire Norbourg.
Quant à Me Guy Bertrand, son implication dans le dossier de Cédrika Provencher fait toujours sourciller le Barreau. Pas à cause de la volonté de servir et de l'humanisme dont il témoigne, mais parce que le fait de cacher une information susceptible de faire avancer l'enquête policière, en supposant qu'il en obtienne une, pourrait contrevenir à ses devoirs d'homme de loi. D'où, dans son rapport, la suggestion d'instituer un poste de procureur indépendant, donc à l'abri de reproches et poursuites quand il s'agit de mener à terme des dossiers aussi délicats.
Ce que Me Bertrand voulait au départ et ce qu'il souhaite encore, c'est que, dans un cas comme celui de la disparition de Cédrika, ce soit la solution de l'énigme qui prime, c'est-à-dire qu'on apprenne où la victime se trouve et ce qu'il en est advenu. Pour les parents, cela presse bien plus que de trouver quelqu'un à traduire devant les tribunaux. C'est à cette question-là que Me Bertrand voulait répondre. D'où son offre de traiter en toute confidentialité les informations pertinentes. Comment lui reprocher pareille démarche?